Rivière sèche projet genèse 
de Visite à Okavango

Une rivière sèche sonne un antagonisme à tout crin. On présuppose qu’une rivière, un cours d’eau, est le comble d’une source originelle. Une source de vie qui apporte son flux de microorganismes, et par-là la vie même. Ce qui est sec n’est nullement dépourvu de vie, néanmoins la matière tend vers une abrupte atrophie. Une rivière sèche est donc un non-sens. 


C’est de cette absurdité comme exception dont il est question. Car elle prévaut à mille explications. Une rivière sèche est la parfaite métaphore de l’articulation d’une civilisation : naissance-apogée-déclin. Car si les quatre premières civilisations fluviales de l’Antiquité, soit l’Egypte ; la Mésopotamie, l’Inde et la Chine ont réussi à s’accroître, c’est précisément en se nourrissant de courants plus larges. L’horizon maritime a favorisé leur extension et zone d’influence. 

Amine El Gotaibi, Rivière sèche, projet depuis 2007

En se penchant au bord d’une rivière, Amine El Gotaibi y a détecté le reflet du concept de l’Etat-Nation. La question est à l’ordonnancement des dispositifs car dès qu’il y a eu civilisation il y a eu une forme d’Etat. L’État contemporain dispose d’un territoire, d’un gouvernement et d’une population. C’est l’organe légitime de pouvoir politique, juridique et fiscal au sein de ses frontières. Passionné comme à son habitude, El Gotaibi reconstituait en pleine nature des maquettes de rivières. Il creusait des sillons dans la terre ou le sable afin d’y disposer des petites figurines blanches. Grâce à l’outil photographique et par un geste démiurge, ses modèles réduits lui offraient une amplitude de mise en scène. Les figurines devenues alors personnages se répètent en une multitude civilisationnelle. Ce travail sur la matière terrestre est une étape charnière dans son œuvre. D’une genèse de 2007, on ricoche sur le Delta de l’Okavango qui serait finalement le berceau de l’Homo Sapiens. N’est-il pas troublant de se dire que nous proviendrions exactement de cette région où l’eau se déverse en plein désert ? 

Elisa Ganivet 

Territoire National

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Attorab Al Watani (Territoire National), 2016. 

En 2016, un projet monumental Attorab al watani/Territoire national explore l’expression « graver son nom dans l’histoire » au moyen de la performance, la sculpture, la photographie et la vidéo. Pour le réaliser, El Gotaibi parcourt les douze régions du Maroc, selon le découpage officiel. Il creuse dans la terre son propre nom en lettres gigantesques, huit heures par jour,

respectant ainsi scrupuleusement les horaires de travail quotidien d’un travailleur. De ce labeur, l’artiste récupère des échantillons de terre de chacune des régions avec lesquels il construit une installation en pisé, écrivant « Attorab al watani » (Territoire national) sur une surface de dix-sept mètres. Résistance, persévérance, inscription de son nom comme une trace immanente et intime, El Gotaibi explore une nouvelle fois la lutte de l’individu contre les forces qui le marginalisent et le privent de son droit à l’épanouissement et à la création.


Brahim Oulahyane

Ba Moyi Ya Afrika

Alors qu’il pensait aller à la rencontre de l’Afrique subsaharienne par voie terrestre pour son projet Visite à Okavango visionné en 2011, l’invitation de la Young Congo Biennale de 2019 a court-circuité et réconforté ses aspirations les plus profondes. Amine El Gotaibi put alors se laisser porter par le flux, l’énergie, la générosité et le rythme du lieu. Cette installation monumentale en est la conséquence directe.

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 Ba moyi ya afrika. Installation monumentale a la Biennale Young Congo, 2019 

Elle est constituée d’une armature d’apparence brute à laquelle sont arrimés trente-trois spots. Ils auraient pu être cinquante-quatre comme autant de pays que comprend le continent.

Dans son volume esthétique ultra contemporain, l’installation d’El Gotaibi est une réponse aux façonnages de l’Afrique par les mains colonisatrices. Cette violence est inhérente à l’impunité de ses conquêtes, à ses cruelles dominations sur les terres et individus rendus exsangues et bien sûr à l’imposition d’un discours visant à anéantir. Avec Ba Moyi Ya Afrika, la réappropriation d’un discours fédérateur panafricain par l’Art est puissante. Au loin, la réminiscence du soleil nous interpelle sur l’évidente métaphore: l’Afrique, les Afriques s’illuminent d’elles-mêmes et par elles-mêmes.


Elisa Ganivet 

Sun(w)hole_Piece Cradle 1

S’approprier des événements tragiques permet de mieux les détourner de leur essence. La force du geste créateur de l’artiste met en émoi et déstabilise grand nombre de nos a priori. En ces terres d’Afrique du Sud, les stigmates de l’Apartheid sont évidents. Ils sont ravivés par l’état global d’un monde où la frontière poreuse géopolitique se transforme en un hermétisme tangible. Au prestigieux parc de sculptures de la Nirox Foundation, sur invitation de Marta Moriarty, Amine El Gotaibi prend le contre-pied de ce désenchantement. Ce premier mur inaugural Piece cradle 1 mesure 15 mètres de long et 4 mètres de hauteur. L’œuvre en terre pisé intrigue, Perçue de loin, c’est une parabole qui peut être un rappel quant à notre vigilance citoyenne et environnementale. De près, l’objet-mur est ramené à un idéal transcendantal. Son élévation sur cette colline exerce en nous un effet d’apaisement.

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Sun(w)hole_Piece Cradle 1, Parc de sculptures de la Nirox Foundation, 

Afrique du Sud, 2020. 

Après l’agitation vient le lâcher-prise car le mur est percé d’un trou en son milieu. Ainsi les rayons lumineux de l’aube et du coucher du soleil sont guidés et mis en valeur. Leur suivi nous renvoie à notre propre affranchissement. L’échappée libératoire n’a plus lieu d’être cachée mais au contraire révélée. El Gotaibi s’engage dans ce qui fait réellement sens. A l’instar de Beuys qui nous rappelait sagement que le mur de Berlin n’avait aucune espèce d’importance. Ce qui primait était le labeur de notre propre introspection entre l’Art et la Vie.


Elisa Ganivet 

infovisite.a.okavango@gmail.com

+212 6 61 94 72 77 

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Tous droits réservés ©2019

Visite à Okavango Visite à Okavango est un projet labellisé Capitales Africaines de la Culture  2020 intégrant la programmation pluriannuelle.

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